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Acum vreo 25 de ani, nevăzut-neştiut, în laboratorul propriei locuinţe, mi-am azvîrlit ştacheta de traducător cam sus. Terminasem de transpus emoţionanta carte a lui Romain Gary/Emile Ajar, La vie devant soi. În viaţa publică mă luptam cu editorii s-o văd tipărită – în cea intelectuală transpiram deja cu Raymond Queneau, Zazie dans le métro. Ambiţia îmi fusese gîdilată de cercul de traductologie franceză, pilotat odinioară de Tudor Ionescu la Facultatea de Filologie din Cluj. Cum să redăm pe româneşte celebrul incipit “Doukipudonktan”, care stabileşte parametrii de obrăznicie lingvistică a întregului roman?! O grupă de studenţi am “seminarizat” problema, vreo juma’ de oră, sub coordonarea omului de la catedră…

Studenţia s-a încheiat, m-am pomenit de unul singur în faţa foii albe. Ce-ar fi să-mi încerc puterile? Era un fel de skanderbeg cu mine însumi. Aruncam în oală niscaiva cunoştinţe argotice, deprinse de la pretenarii de lîngă bloc, în copilărie, sau de la camarazii de pluton în timpul serviciului militar, niscaiva lecturi din Ferdinand De Saussure şi Français argotique et populaire de François Caradec, plus sfaturi de la profesorul Tudor Ionescu, intuiţia lingvistică personală şi un strop de încăpăţînare. Nu speram să văd o asemenea carte publicată.

O mînă de ajutor în consolidarea scepticismului mi-a dat şi Marian Papahagi, care mi-a acceptat traducerea din Zazie, în vederea tipăririi, a preluat corespondenţa purtată de mine cu Editura Gallimard, a achiziţionat copyright-ul – iar apoi nu s-a mulţumit să-mi blocheze cariera profesională, prin respingerea de la postul de asistent universitar (în ianuarie 1994), ci a crezut că-i mai interesant să-mi abuzeze şi activitatea intelectuală, prin îngroparea manuscrisului în sertarele sale încăpătoare. Hotărît lucru, eram un mare ghinionist. Au mai trecut nişte ani şi nişte aventuri pînă cînd, în 2001, s-a publicat în fine la Ed. Paralela 45 versiunea autohtonă a lui Queneau, cu prefaţa elogioasă a lui Luca Piţu. Ştiam că efortul, în sine, al traducerii e ignorat de receptarea literar-publicistică şi eram convins că, prin asta, “convieţuirea” mea cu Zazie a luat sfîrşit.

Mare mi-a fost uimirea să aflu, zilele trecute, că pasaje ample de analiză a muncii mele sînt incluse în cercetarea Pour une lecture critique des traductions, L’Harmattan, 2013. Autoarea, Muguraş Constantinescu, este profesoară de literatură franceză şi traduceri literare la Universitatea din Suceava, coordonatoarea unui master teoretic şi practic de traductologie, cu prestigioase publicaţii academice în domeniu. Volumul său a fost lansat cu succes, din cîte aud, la universităţi de profil din Ottawa, Atena şi Paris. Mă bucur să constat, după 25 de ani, că examinarea ei merge, în sfîrşit, la cutele şi detaliile activităţii mele. Probabil că nu toţi cititorii mei au la parterul blocului cîte o librărie cu volume de la Harmattan, aşa că le pun aici la îndemînă pasajele din carte referitoare la mine.

critique_traductionTraduire Raymond Queneau est sans doute une entreprise téméraire, réservée aux seuls connaisseurs de Queneau et du «quenien», ce qui suppose une grande familiarité avec le ludisme, un goût particulier pour l’humour, une bonne connaissance des registres des langues, un certain don d’inventivité, un vif intérêt pour «l’ensemble des possibilités» de la langue cible. Nous nous arrêtons dans ce qui suit à deux traducteurs de Queneau, notamment Val Panaitescu, qui a donné une version roumaine pour Les Fleurs bleues (1997, 2006) et Laszlo Alexandru, qui a rendu en roumain Zazie dans le métro (2001). (…)

Inventivité et effets ludiques

Tout aussi bon connaisseur du «quenien» et même du «zazique» se révèle être Laszlo Alexandru qui, quoique spécialiste en langue et littérature italiennes, avoue de façon indirecte dans sa «Pseudopostface» un intérêt particulier pour le livre le plus connu de Queneau, qu’il traduit dès 1991 mais ne réussit à faire publier qu’en 2001, au terme d’une longue aventure éditoriale.

Nous n’avons pas trouvé de références sur quelque article de Laszlo Alexandru au sujet de Queneau, mais même une fugitive analyse comparative de l’original de Zazie et de sa version roumaine le dévoile comme un bon lecteur de ce livre, si nous accordons à Derrida que le traducteur est le meilleur lecteur d’un ouvrage.

Le traducteur de Cluj aime bien le roumain et l’explore avec un nez très fin dans tous ses registres, en se sentant à l’aise tout aussi bien dans le langage parlé, populaire, vulgaire ou argotique etc.; le ton et le style de Queneau ne perdent rien de leur fraîcheur en la version roumaine. On pourrait même remarquer une légère surcharge pour certaines équivalences mais qui sont tout à fait acceptables dans le contexte du livre et selon le principe, souvent invoqué par les traducteurs et déjà mentionné ci-dessus, de la compensation. Par exemple, il rend la phrase «Tout de même quelle odeur» par «Totuşi, ce putoare», où le dernier terme est un peu plus fort que l’original ou «le pti type» par «sfrijit», où le terme roumain est plus connoté.

En échange, comme le roumain est déjà une langue phonétique, le discours truculent des personnages de Queneau, écrit en orthographe phonétique et affective, perd de sa saveur en roumain, en commençant par la fameuse interrogation-exclamation qui ouvre le livre. «Doukipudonktan» qui devient en roumain «dundeputeaşa» qui se «décode» plus facilement que l’original.

Très bonnes sont les solutions du traducteur pour les surnoms de certains personnages: Mado Picioruş qui rend Mado Ptits-Pieds, Verdeaţă qui rend le nom du perroquet Laverdure, Jeanne Găoază pour Jeanne Lalochère.

En ce qui concerne le refrain de Laverdure, repris nombre de fois «Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire», le traducteur va très près de l’original et choisit comme solution «Vorbeşti, vorbeşti, atîta ştii să faci», là où l’on aurait pu s’attendre aussi à un «trăncăneşti» ou «sporovăieşti».

Le mot préféré de Zazie, qu’elle ajoute un peu partout – «Elle peut pas dire un mot, cette gosse, sans ajouter mon cul après» (c’est nous qui soulignons), comme le remarque Charles – «mon cul» est rendu en roumain par le terme dérivé du même étymon latin, «curu», sans possessif et en position antéposée, ce qui entraîne aussi une modification dans le rendu de la constatation de Charles, «nu poa să scoată o vorbă puştoaica fără să-şi pună curu-n faţă».

Dans la bouche de Zazie en vêtements roumains «J m’en fous» devient «Mi se fîlfîie», expression plus connotée et plus récente, à notre avis que celle de l’original mais bien trouvée. Par une petite entorse du traducteur, les paroles «ah, les vaches», exprimant l’indignation de la fillette qui apprend que le métro ne circule pas à cause de la grève, sont rendues, pour rester très près de la métaphore animalière du français par «vai, boii» (les bœufs), ce qui constitue une bonne trouvaille, presqu’un jeu avec l’original.

Parfois, Laszlo Alexandru propose des équivalences ingénieuses – «Compris» qui devient «În regulă» et crée même des effets ludiques supplémentaires; ainsi le dialogue entre l’oncle Gabriel, sa nièce Zazie et Charles:

“- Moi, dit Charles, je passe voir Turandot, j’ai quelque chose à lui dire.

– Compris, dit Gabriel.

– Qu’est-ce qu’il y a à comprendre? demanda Zazie”

est rendu par:

“- Eu, zise Charles, mă duc pîn la Turandot, tre să-i zic ceva.

– În regulă, zise Gabriel.

– Ce regulă-i asta? întrebă Zazie.”

Comme pour créer un effet d’écho avec l’expression préférée de Zazie, le traducteur choisit des équivalences pour quelques jurons français contenant ce même mot.

«Mă pupi în cur, urlă Gabriel, mă pupi în cur» rend en fait «Je t’emmerde, hurle Gabriel. Tu entends, je t’emmerde».

Le jeu de mots créé autour du même mot «fétiche», dans une phrase de Turandot, «je l’ai entendu son mon cul» (c’est nous qui soulignons) est atténué en la version roumaine, entre autres, à cause de l’absence du possessif dans le rendu des paroles préférées de Zazie: «am auzit-o cu curu ei».

On remarque des pertes ou des effacements lorsqu’il s’agit de rendre l’orthographe phonétique populaire ou même personnelle dans le cas des personnages queniens, comme dans l’exemple suivant: «Ils vont à la foire aux puces, dit le type, ou plutôt c’est la foire aux puces qui va-t-à-z-eux, car elle commence là» (c’est nous qui soulignons) rendu par: «Se duc la talcioc, zise tipu, sau mai degrabă talciocu merge la ei, căci aici începe» (c’est nous qui soulignons).

Le même effacement est à signaler dans le rendu de la question de Zazie: «Izont des bloudjinnzes, leurs surplus américains?» (c’est nous qui soulignons) qui devient en roumain moins colorée: «Au şi blugi, la surplusurile ălea?» (c’est nous qui soulignons).

Dans les commentaires sur les nouvelles générations et la jeunesse que le comportement de Zazie engendre, le terme «fortiche» est rendu par une expression idiomatique bien trouvée «dată dracului», tout à fait appropriée pour caractériser la petite fille.

La même remarque pour l’observation de Zazie concernant sa mère, de nouveau amoureuse: «Elle est mordue», rendu par une forme elliptique de l’expression consacrée en roumain, «E lulea», ce qui contribue à l’impression d’inventivité légèrement absurde que le texte de Queneau engendre parfois.

Lorsque l’inventivité de Queneau fait naître des termes proches du langage populaire comme «cochoncetés», le traducteur de Cluj va lui aussi dans le sens de l’inventivité et nous propose: «Nu vorbi porcăciuni», très bon mot valise qui synthétise à merveille «porcării» et «spurcăciuni».

Pour conclure, on peut dire que l’inventivité et l’imagination sont souvent les bonnes solutions lorsqu’on entreprend de traduire Queneau, ou pour mieux dire le «quenien», comme d’ailleurs l’un de ses personnages le déclare, dans des circonstances différentes mais, en donnant le poids général et philosophique qui convient à cette issue de secours: «Sans cirage sous la main, dit Gabriel, va falloir que tu fasses preuve d’imagination» / «Cînd n-ai încotro, zise Gabriel, trebe să dai dovadă de imaginaţie».

C’est ce que les deux traducteurs, chacun à sa façon, ont fait.

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